Changements climatiques : un guinéen en finale d’un concours de la Banque Mondiale

Québec- Le jeune Saliou Diallo vivant au Canada, créateur de l’entreprise Irokko, fait partie du cercle restreint d’innovateurs qualifiés pour la finale du concours Global Disruptive Tech Challenge organisé par la Banque Mondiale. Sur 159 soumissionnaires provenant de 38 pays, Irokko figure sur la short liste des 24 projets qui vont se mesurer prochainement. Le concours est destiné à apporter des réponses aux problématiques environnementales qui assaillent la mer d’Aral située entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, en Asie centrale.

Dans un entretien accordé à un de nos reporters, Saliou Diallo est revenu sur les raisons de cette initiative de la Banque Mondiale et surtout sur ce qu’Irokko à travers ses innovations technologiques et environnementales compte apporter comme expertise pour faire face à cette problématique dans ces deux anciens pays du bloc Soviétique, frappés de plein fouet par les dérèglements climatiques.

D’où est venue l’idée d’initier ce concours pour lequel vous êtes finalistes ?

C’est un concours qui est lancé par la banque mondiale qui s’appelle Global Disruptive Tech Challenge. Ce sont les innovateurs internationaux qui sont invités à proposer des solutions pour restaurer la mer d’Aral. Il s’agit en fait d’un lac qui se trouve entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, en Asie Centrale, et qui a perdu près de 90% de sa superficie en eau depuis 1960. En effet, La mer d’Aral, autrefois quatrième lac du monde par sa superficie, a perdu plus de 9/10 de sa surface. Dans les années 1950 et 1960, le développement à grande échelle de cultures industrielles comme le riz et surtout le coton ont augmenté les besoins en eau de la région. Les canaux construits pour dériver l’eau du lac à des centaines de kilomètres a privé la mer d’Aral de 20 à 60 km3 d’eau, chaque année. La conséquence est l’augmentation de son taux de salinité et des millions de poissons sont morts suite à l’assèchement. Les sables salés détruisent tout sur leur passage quand le vent les emporte. Avec l’évaporation de l’eau, les pesticides tapissent désormais le lit desséché de la mer d’Aral. Entraînés à plusieurs kilomètres des rivages par de violentes tempêtes de sable, ils ont également contaminé les populations alentour. Dans cette région, le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde, les cancers et les cas d’anémies sont en constante augmentation. Grâce à plusieurs projets de la Banque Mondiale, notamment le projet CAMP4ASB, la mer revient lentement, mais seulement à une petite fraction de sa taille d’origine. Nous essayons d’apporter une solution à la problématique de l’assèchement des eaux de la mer d’Aral et réduire l’effet des vents de sable salé. De manière accessoire, nous souhaitons répondre aux problématiques économiques et sociaux causé par l’asséchement du Lac grâce aux solutions que nous développons.

Sur 159 projets présentés à travers les 5 continents, Irokko a su tirer son épingle du jeu…

Effectivement, j’ai été invité au mois de décembre à soumettre un projet dans le cadre de cet appel de la Banque Mondiale. On a soumis et dans le monde, il y avait 159 propositions sur 4 thèmes différents. Ces 159 viennent de 38 pays à travers 5 continents. Après évaluation des 159 soumissions, ce sont 24 qui ont été retenues. Pour l’Amérique du Nord, nous faisons partie des 3 projets qui ont été retenus soit deux au Canada et un aux États Unies. Les finalistes devront faire une présentation devant un parterre d’investisseurs et de fonctionnaires de la banque Mondiale.

Que compte apporter l’application mobile Iroko dont vous êtes le créateur dans ce combat pour la protection de l’environnement dans cette partie du monde ?

Notre solution est bâtie de l’utilisation des nouvelles technologies notamment de l’IA pour décupler les bénéfices environnementaux, économiques et sociaux de l’agroforesterie pour faire face aux problèmes liés à la disparition de la mer d’Aral et aux vents de sable salés. Nous partons d’un postulat scientifique suivant : plus il y a d’arbustes et d’arbres naturels sur la rive du lac, plus la qualité de l’eau du lac s’améliorera. En effet, les racines de ces arbres et arbustes agissent comme un filet à mailles fines qui intercepte les polluants qui abrite des bactéries bénéfiques au traitement de l’eau. En outre, les feuilles des arbustes fournissent un abri pour les habitats des poissons. Il est donc primordial de créer et protéger cette bande végétale filtrante.

Irokko a déjà développé une application mobile verte permettant de calculer l’empreinte carbone et de planter des arbres à partir du téléphone portable. Nous travaillons sur un logiciel de bilan carbone pour entreprises qui permettra à la fois de faire le bilan carbone et de proposer des stratégies de réduction grâce à l’IA.

Nous pensons qu’il faut dans un premier temps utiliser les nouvelles technologies pour impliquer les acteurs non étatiques (citoyens et entreprises) dans le processus de sauvegarde du Lac. Nos deux solutions actuelles (Application et logiciel) permettent de faire aux citoyens et aux   entreprises de poser des actes concrets et en quelques gestes. La mobilisation des entreprises et des citoyens est cruciale pour le processus de sauvegarde du Lac. Car cela contribue à la sensibilisation, à l’éducation et à la mobilisation de ressources financières innovantes pour la pérennisation des projets. Grâce à nos deux outils les acteurs non étatiques pourront faire leur bilan carbone qui sera converti en équivalent d’arbres qu’ils pourront planter dans la région à partir de leur appareil technologique.

Le second volet de l’innovation est technologique, il consiste à utiliser l’IA pour prédire d’une part le comportement des arbres plantés dans la région en fonction des changements climatiques ainsi que leur niveau de séquestration carbone, d’autre part de prédire l’évolution du Lac en fonction des projets agroforestiers mis en œuvre, cette prédiction permet d’anticiper l’efficacité des projets.

Le troisième volet consiste à utiliser la quantification du carbone séquestré par les projets agroforestiers pour générer des revenus autonomes pouvant financer l’atténuation et le développement d’entreprises vertes dans la région du Lac afin de créer des opportunités économiques pour les jeunes. 

Vous avez fait une partie de vos études en Guinée, votre pays d’origine. Que comptez-vous apporter à notre pays ? Est-ce que vous avez un projet dans ce sens et ce sera pour quand ?

Présentement les seules interventions en guinée se font via mon ancienne école, le Lycée Français de Conakry. En effet je suis ambassadeur du programme ADN Carbone 0 de l’instauré par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger qui regroupe les différents lycées français dans le monde. À ce titre je contribue à travers des rencontres par visio à l’éducation et la sensibilisation des élèves aux changements climatiques. Des rencontres sont prévues prochainement avec le lycée français de Singapour, celui de Madrid et celui de Conakry. Ceci dit comme jeune guinéen, on n’est jamais mieux que lorsqu’on sert son pays et son continent, en matière de développement durable et d’adaptation aux changements climatiques il y a énormément à faire en Guinée.

Le développement durable est un axe transversal de la gouvernance d’un État moderne, il prend en compte l’économie, l’environnement et le social, c’est donc un modèle vertueux qui met l’être humain et son cadre de vie au cœur de l’ensemble des politiques publiques.

La Guinée offres des potentialités importantes pour le développement d’une économie verte, c’est une solutions durable susceptible de sortir notre peuple de l’extrême pauvreté.

Nous avons des initiatives que nous souhaiterions développer en Guinée pour une économie plus verte et surtout inclusive, dans le sens où les revenus autonomes que nous générons dans nos projets servent à financer l’émergence d’entreprises innovantes et vertes. 

Je rêve que la Guinée soit un modèle réussi en matière de croissance verte. Mon ambition est de contribuer dans un futur proche à l’émergence d’un pays fort qui aura gagné le pari du développement durable.   

Propos recueillis par Alpha Ben Alimou pour Guinepremiere.com  

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