Fermeture des frontières : le cri de cœur des chauffeurs de la ligne Guinée-Sierra Léone

Depuis quelques mois, les frontières entre la Guinée et certains pays voisins sont fermées par le régime Alpha Condé. Alors que l’on craint « des menaces sécuritaires », les conducteurs de véhicules sont particulièrement éprouvés par cette fermeture prolongée. Des transporteurs de la ligne Guinée-Sierra Léone, interrogés ce mardi 12 janvier 2021, par un reporter de Guineepremiere.com ont exprimé leur colère devant le drame qu’ils vivent suite à cette mesure.

Les transporteurs de l’axe Guinée-Sierra Léone tirent actuellement le diable par la queue. A la gare routière de Madina, dans la commune de Matam, les chauffeurs ne cachent leur mécontentement contre cette mesure très décriée.

Bafodé Sylla, chauffeur sur la ligne Conakry-Pamelap : « je vais commencer par demander pardon à nos autorités. Ils n’ont qu’à nous aider en ouvrant la frontière. Nous souffrons énormément, nous vivons de ce transport parce que nous avons choisi d’être chauffeur. Depuis la fermeture de la frontière entre nous et la Sierra Léone, nous chauffeurs qui sommes sur cette ligne, nous souffrons beaucoup, on ne peut pas tout dire. Moi qui avais l’habitude de faire trois voyages par semaine, aujourd’hui, je fais un voyage par semaine. Ça aussi, tu ne peux pas faire le plein de ton véhicule. Si tu as 4 ou 5 passagers, le syndicat te dit d’aller pour donner la chance à un autre. Imaginez un peu mon véhicule qui prenait 8 à 9 passagers, et voyageait 3 fois dans la semaine ; maintenant à cause de manque de passagers, tu n’as que 4 passagers. Les passagers ont peur d’y aller. Ce n’est pas tout le monde qui peut avoir le courage de traverser clandestinement. Ceux qui ont ce courage-là sont peu nombreux. Donc on fait ça juste pour ne pas reste à la maison. On ne gagne rien, ça c’est la vérité. Nous, nous ne savons pas réellement pour quoi les frontières sont fermées jusqu’à maintenant, parce que ce n’est pas notre travail. Mais s’ils savent qu’il n’y a pas de danger, ils n’ont qu’à procéder ne serait-ce qu’une fouille systématique et minutieuse des véhicules qui doivent passer pourvu qu’on ne nous empêche pas de travailler. On pensait qu’après les élections les choses vont reprendre mais on ne comprend pas… » 

Moussa Touré est également chauffeur à la gare routière de Madina : « ce que je veux ajouter, ce sont les deux barrages qui nous fatiguent beaucoup, il s’agit du barrage de Farmorya et du barrage CNDD. CNDD c’est le premier barrage après la sortie de Coyah, c’est des brigades mobiles, on nous soutire beaucoup d’argent là-bas, même si tu as un bagage de deux kilos grammes, on te dit de prendre un reçu de 40 à 50 mille. Cela nous fatigue énormément. Ensuite, les passagers que nous embarquons viennent en clandestin. Cambia à Pamelap on avait l’habitude de faire payer 10 mille GNF comme transport avant la fermeture de la frontière, aujourd’hui c’est 100 à 150 mille fg. De Cambia, Pamelap, Coyah jusqu’à Conakry pour acheter des marchandises, les passagers sont obligés de payer 300 à 350 mille GNF. Le retour c’est pareil, avec tous les risques. Ce n’est pas tout le monde qui a le courage de prendre ce risque-là. C’est pourquoi on ne gagne pas de passagers. Les gens ont peur. Je demande aux autorités, s’il n’y a pas de risque, ils n’ont qu’à penser à nous et au peuple de Guinée en libérant les frontières. Si on ne peut pas libérer les frontières qu’on arrête de nous rançonner au niveau des barrages… Nous aussi, nous avons des familles à nourrir et nous vivons de ça… »

Propos recueillis par Alpha Amadou Diallo pour Guineepremiere.com

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