« Alpha Condé et son entourage… n’ont pas une autre place si ce n’est pas la prison »(Diabaty Doré)

Diabaty Doré, président du Rassemblement pour la République (RPR) et Coordinateur national de la Coalition Démocratique de l’opposition Extra-parlementaire(CODEP), a accordé une interview à un reporter de Guineepremiere.com dans la journée d’hier, vendredi 14 août 2020. Dans cet entretien, il a été question, entre-autres, des préparatifs de la prochaine élection présidentielle en Guinée, du troisième mandat d’Alpha Condé et d’Alhassane Ouattara.

Guineepremiere.com: faites nous une brève présentation de votre formation politique

Diabaty Doré: le RPR est créé en juillet 2015 et nous sommes déjà à 5 ans d’existence sur l’échiquier politique national. J’avoue que durant ces cinq dernières années, nous avons participé à des élections. Déjà, c’est un acquis parce que nous avons trouvé sur le terrain des partis qui existent depuis 10 ans, 20 ans et qui n’ont jamais participé à une élection. Nous sommes implantés sur le plan national à 75%. Le RPR a noué des partenariats avec des partis de la sous-région à savoir le RHDP de la Côte d’Ivoire, qui nous a invités à son congrès en 2019. Le RPR est aussi en partenariat avec l’URD du Mali de Soumaïla Cissé qui est un mentor, un père, un grand ami. Je profite de l’occasion pour demander aux ravisseurs de le relâcher afin qu’il revienne continuer le combat. Le RPR est également en partenariat avec des formations politiques du Burkina Faso: le parti de Zéphirin Diabré, qui est le chef de file de l’opposition, l’UPC et celui de Gilbert Ouédraogo qui m’a invité l’année dernière à son congrès à Bobo Dioulasso. Au niveau international, le parti est implanté en Europe dont le coordonnateur est en Espagne. Nous sommes en France, Belgique, Hollande, Allemagne. En Afrique, nous sommes représentés au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Liberia et au Mali. La représentante du parti au Sénégal est même là pour le congrès.

L’élection présidentielle pointe à l’horizon, le RPR ira-t-il seul à cette échéance électorale ou en alliance ?

Après les élections du 22 mars dernier, les partis qui n’ont pas eu de sièges à l’Assemblée et d’autres qui n’avaient pas participé, nous avons créé une coalition qui est la CODEP. Nous nous sommes dit qu’il faut tout faire pour présenter un candidat. Donc, nous sommes dans cette dynamique. Que ce soit directement ou indirectement, le RPR participera à cette élection parce qu’on ne peut pas créer un parti politique sans participer à une élection. Comme disait Hollande, tout parti politique qui ne participe pas à une élection, cesse d’exister. Je pense bien que cette élection, vu le bilan désastreux du pouvoir en place, l’alternance est possible cette année en Guinée.

De l’autre côté, le président Alpha Condé a été investi candidat pour un troisième mandat. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas une surprise pour ceux qui connaissent Alpha Condé et le parti RPG. Dans une structure de parti politique, il faut toujours préparer une équipe, mais le leadership n’existe pas au RPG. Au lieu de former et préparer des personnes pour la succession, pour la pérennisation de leur parti, ils ont fait la promotion d’un homme. C’est pour vous dire que le RPG, après Alpha Condé, ça sera fini pour de bon comme le PUP et le PDG l’ont été. Le RPG est entrain d’emboîter les pas de ces deux partis et pour lui ça sera le pire. La candidature d’Alpha Condé ne m’a pas surpris. C’est ce qui veut dire que notre démocratie est un échec. Je ne peux comprendre qu’une personne qui s’est battue pendant des années arrive à faire cela. Je crois qu’il se battait pour des valeurs, pour l’instauration de la démocratie, de la justice, de la Paix dans notre pays. C’est maintenant qu’on comprend qu’il cherchait le pouvoir pour son équipe, pour sa famille, pour son entourage et pour son réseau parce que le guinéen n’a pas bénéficié du fruit de sa gouvernance. Donc, c’est un échec. Je ne pense pas que les guinéens puissent reconduire Alpha Condé pour un autre mandat. Aujourd’hui en Afrique francophone, il y a des pays qui ne nous font pas honneur. Je suis fier du Ghana, du Bénin, du Libéria, de la Sierra Leone, du Cap Vert et du Niger où le président Issoufou pouvait avoir d’autres mandats, mais il a dit qu’il n’est pas un homme providentiel. Il y a même des acteurs de la société civile qui avaient demandé à ce qu’il brigue un troisième mandat qui sont en prison à Niamey. C’est ça un homme qui a l’amour de sa patrie. Alpha Condé est entré par la grande porte de l’Histoire et il devait tout faire pour sortir par la même porte mais ce qui est paradoxal, c’est qu’entrer par la grande porte et tu sors par la petite porte. Je suis très déçu du RPG. C’est vrai qu’en son sein, il y a des bons cadres mais c’est le leadership qui manque. Alpha Condé devait penser à ce qu’il disait, à ce qu’il proposait aux guinéens pendant ses longues années de lutte. Qui parle de développement et de démocratie dans un pays, doit accepter l’alternance. Avec le gâchis qu’Alpha Condé et son entourage ont fait ces dix dernières années en Guinée, ils savent qu’ils n’ont pas une autre place aujourd’hui si ce n’est pas la prison.

Quelle a été votre réaction après la confirmation de la date proposée par la CENI pour la tenue de la présidentielle au 18 octobre ?

Je pense que tous ceux qui connaissent la politique connaissent Alpha Condé… Il a juré deux fois sur la constitution. La manière dont nous sommes en train de partir, la Guinée n’est pas loin d’une transition. Il faut éviter ça. Les détournements qu’on a eu en son temps, c’est du jamais vu. La bassesse de la démocratie qu’on a eu à son temps, c’est du jamais vu. On a participé aux élections du 22 mars dernier, mais ce n’était pas des élections. C’était du partage. C’était une sélection. Parce que nous nous sommes battus contre une nouvelle constitution et contre le troisième mandat, ils se sont partagé les sièges en donnant à des copains, à des amis, à des proches et des alliés. Aujourd’hui, rien ne va arrêter Alpha Condé. Mais, je vais dire à mon grand père que tout finit par finir. Il devait penser aux guinéens et à la Guinée qui vient de loin. Nous avons toutes les richesses pour nous développer. Mais aujourd’hui, nous n’avons ni électricité, ni routes, ni eau potable. Regardez les routes de la capitale guinéenne. À l’intérieur du pays, on n’en parle pas. Il devait quitter avec le peu qu’il a fait pour passer la main à un autre guinéen afin que le pays puisse connaître la stabilité. Il a validé la date, c’est qui veut dire que rien ne va l’arrêter. Je dirais aux guinéens de continuer à se battre. Le combat d’une nation, on ne le donne pas à Dieu. C’est vrai que Dieu peut tout et voit tout mais il faut continuer à se battre. Aujourd’hui, les guinéens ne vivent pas, ils sont en train de survivre. Alpha va faire le forcing pour obtenir un troisième mandat mais nous continuerons à nous battre. Sékou Touré a fait 26 ans de règne mais il a fini par partir, Lansana Conté a fait 24 ans, il est parti. Alpha Condé, tu partiras un jour ou l’autre. Pour ce qui est du montant à payer par candidat, je pense que ça sera plus élevé qu’en 2010 et 2015, juste empêcher qu’il y ait plusieurs candidatures qui amèneront forcément à un second tour. Au lieu d’un coup K-O, ça sera un coup fatal pour eux avec leur bilan ces dix dernières années.

Depuis quelques temps, il y a la recrudescence de l’insécurité dans notre pays. Qu’en pensez-vous ?

C’est vraiment regrettable. Surtout en cette période hivernale, il y a l’insécurité qui bat son record. De la part de l’État, il n’y a pas de responsabilité. Nous avons des unités qui sont spécialisées à faire des patrouilles la nuit pour sécuriser les personnes et leurs biens. Je lance un appel à l’endroit des responsables de la sécurité et de la protection civile mais aussi de la gendarmerie de redoubler d’efforts pour que la population vive dans la paix et la sécurité parce que avec la crise sanitaire de Coronavirus, les temps sont durs et le peu que l’on gagne, si quelqu’un vient ramasser ça en un clin d’œil, c’est décevant et regrettable. Je demande à l’État de prendre ses responsabilités en sécurisant les citoyens et leurs biens.

En Côte d’Ivoire, le président Ouattara annonce sa candidature pour un troisième mandat. Au Mali, l’opposition exige le départ du président IBK avant la fin de son mandat. Votre opinion ?

Pour Alassane Ouattara, j’ai beaucoup de respect pour l’homme par rapport à la gestion de la Côte d’Ivoire, sa connaissance des dossiers. Après son premier mandat, les ivoiriens ont compris qu’ils ont eu un homme d’État comme Houphouët Bouagni. Mais aujourd’hui, je pense qu’on doit être respectueux des lois, de la parole donnée.  Il a bien travaillé et il avait préparé quelqu’un mais Dieu en a décidé autrement. Que cela ne tienne, ce n’était pas le seul connaisseur du dossier au sein du RHDP. Ouattara devait honorer son engagement et passer la main à une nouvelle génération pour que la Côte d’Ivoire ne retombe plus dans les soubresauts que nous avons connus avant son arrivée au pouvoir. Le plus important, c’est de promouvoir la stabilité et la démocratie dans notre sous région. L’Afrique de l’ouest notamment francophone est en train de reculer en matière de démocratie. Lorsque le président Alpha Condé a été investi candidat, il a dit qu’il prend acte. Il voulait juste se faire accompagner. Il attendait Ouattara. Je vais dire à ces deux hommes d’État qu’il est important dans la vie de faire son propre bilan et se dire après moi, qu’est-ce qu’on va retenir de moi ?

Du côté du Mali, je salue les populations de ce pays. Pour ceux qui connaissent le bilan d’IBK, comprennent la colère de ce peuple. Tu es élu par le peuple sur la base de quelque chose, sur la base d’un projet que tu as présenté. Mais après 7 ans, que le peuple se rende compte que rien n’a été fait ou bien ce qui a été fait est minime, ils doivent te demander des comptes. Je crois qu’IBK doit tirer les conséquences. Si aujourd’hui des présidents dont Mr Alpha Condé soutiennent IBK, c’est parce que c’est le printemps de la CEDEAO qui arrive après le printemps arabe. Tous ceux qui veulent un troisième mandat ont peur parce qu’après le Mali, ça sera le tour d’un autre pays. J’encourage les populations maliennes. Le pouvoir appartient au peuple et non à un individu.

Qu’est-ce que vous avez à ajouter pour clôturer notre entretien ?

C’est de dire aux populations guinéennes de se mobiliser le 18 octobre prochain pour aller voter pour la Coalition Démocratique de l’Opposition Extra-parlementaire (CODEP). Nous vous demandons de jeûner ce jour si vous voulez qu’on se débarrasse de ce système moribond. Lorsqu’ils sont venus en 2010, on nous a demandé de serrer la ceinture pendant deux ans. Depuis dix ans nous serrons la ceinture. Je crois que ça suffit maintenant. Il faut qu’on essaye un autre guinéen. Le 18 octobre, il faut sortir massivement voter pour un autre candidat et non pour le candidat du RPG Arc-en-ciel mais aussi rester pour surveiller sur vos voix. Le pouvoir en place s’est adossé sur trois choses pour exister. Il s’agit de l’armée, la banque centrale et l’administration (gouverneurs, préfets, sous-préfets corrompus pour faire les bourrages d’urnes). À part ces trois choses, s’il laisse la communauté internationale surveiller le vote, même au second tour le candidat du RPG n’y sera pas, que ça soit Alpha Condé ou pas. À nos partisans, au peuple de Guinée, de resserrer les rangs et de ne pas baisser les bras.

Propos recueillis par Aliou Barry pour Guineepremiere.com

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