Crise sanitaire de COVID-19: l’opposant Bah Oury appelle à développer une solidarité nationale

Amadou Oury Bah « Bah Oury » président de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD) membre du front national pour la défense de la constitution (FNDC) a accordé une interview à la rédaction de guineepremiere.com. Il a parlé de la crise sanitaire de Coronavirus que traverse le monde depuis quelques mois, les violences xénophobes contre les noirs en Chine, la promulgation de la nouvelle constitution et ses conséquences.

Nous vous proposons l’intégralité de ce entretien.

Guineepremiere.com: Le COVID-19 est en train de faire des ravages à travers le monde. Quelle lecture faites-vous de la gestion de cette crise sanitaire dans notre pays ?

Bah Oury: Je dois dire que malheureusement, notre pays est passé l’œuvre dans l’art de toujours traîner les pays lorsqu’il faut agir avec urgence et faire preuve de forte réactivité. La crise sanitaire de la pandémie Coronavirus a été signalée dès Janvier. À partir du mois de février, des alertes ont été formulées par ci et par là afin que les autorités guinéennes prennent leurs responsabilités à temps. En ce moment, celles-ci étaient beaucoup plus obnubilées par l’organisation du double scrutin référendaire et législatif. Il a fallu rester après le 22 mars pour voir à la fin du mois des mesures allant dans le sens de la distanciation sociale. Alors qu’il fallait que celles-ci soient prises à temps. Au niveau de l’aéroport, il y a eu des laisser aller qui ont permis de perdre des contacts et de faire en sorte que des gens qui ont été déjà contaminés venant de l’extérieur puissent passer entre les mailles. C’est à partir de là que la Guinée aussi a été impactée par la propagation de la maladie. Ceci dit, ça c’est un aspect. On ne peut pas séparer de tout dans le monde d’interconnexion à l’heure actuelle. Mais, en ce qui concerne les mesures prises, il s’est avéré que malgré tous les fonds qui ont été alloués à la Guinée pendant la période d’Ebola…, le pays avait reçu suffisamment de moyens pour être plus outillé afin de combattre toute pandémie ou toute épidémie qui pourrait survenir. Malheureusement, il s’est avéré que rien n’avait été fait. Nous n’avons pas des infrastructures sanitaires pour accueillir dans des meilleurs conditions les personnes confinées ou les personnes qui ont été exposées au COVID-19. Donc, nous nous retrouvons parmi les Etats les plus fragiles alors que le passé aurait pu nous pousser à avoir une capacité de réactivité, à disposer d’un tissu sanitaire beaucoup plus performant, malheureusement, tel n’est pas le cas. 

En ce qui concerne les réponses sociale et économique, là aussi, je suis désolé de le dire, au moment où des États comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire accordent des aides directes et significatives à leurs compatriotes pour résister à la maladie par des apports en nature, et apporte également une aide substantielle à leur économie pour que celle-ci ne s’effondre pas, en ce qui nous concerne, j’avoue que nous nous retrouvons dans une situation où l’État guinéen à part des mesures concernant l’ANIES (l’agence nationale d’inclusion économique et sociale) et à part une baisse de 1000 francs guinéens du litre de carburant, en réalité peu de choses ont été faites pour permettre aux citoyens guinéens et à l’économie guinéenne de pouvoir faire face dans une certaine mesure avec un peu d’aide de l’État par rapport à la lutte contre cette pandémie. 

Le gouvernement a également rendu gratuit le transport public et offre l’électricité et l’eau pendant trois mois. Qu’en pensez-vous ?

Là, lorsque vous regardez ça de très près, vous allez dire que c’est bien parce que ça permet de soulager les populations complètement anéanties par la baisse des activités. Mais, il s’avère qu’il n’y a pas de transport public en réalité. Le train ne marche, il y a peu de bus qui circulent à Conakry. La gratuité de ces transports pose un autre problème qui est contre productif dans la lutte contre la propagation de la maladie. Les taxis privés qui pullulent et les mototaxis sont obligés de respecter la distanciation sociale et à limiter le nombre de passagers. Cela a doublé le tarif. La population utilise ces moyens de transport. Donc la gratuité si le train et les bus circulent, il y aura de la bousculade qui favorise les contacts et par conséquent la propagation de la maladie. C’est une mesure qu’il fallait étudier sur le plan de la nécessité en tenant compte de la distanciation sociale. Il fallait l’étudier. Bien que ces transports dits publics n’existent presque pas réellement, supposons qu’ils existent, cela favoriserait les contacts humains. Ça veut dire que c’est contre productif. De l’autre côté, les factures d’eau et d’électricité ne sont effacées que pour ceux qui ont le tarif dit social. Maintenant combien de guinéens ont ce tarif? Alors que tout le monde patine de perte d’activités, là c’est un autre problème pour dire que c’est la poire qui est coupée en deux. Tout le reste, en ce qui concerne les entreprises, les hôtels, les restaurants, ce ne sont que de report de payements de factures, de taxes et d’impôt. Alors que ceci n’est pas suffisant. La perte d’activités va amener éventuellement ces entreprises à envoyer leurs travailleurs au chômage. Il n’y a pas de système de sécurité sociale pour assurer le salaire des travailleurs pendant la période de chômage en Guinée. Donc, c’est des pertes d’activités, des pertes d’emplois. Ce sont des travailleurs et des familles qui risquent d’être mis en marge des activités productives et par conséquent un risque de ne pas avoir de salaire dans une période extrêmement tendue et difficile. Tout cela aurait dû amener les autorités guinéennes à cibler de manière beaucoup plus efficace l’action en protégeant les travailleurs à travers des aides directes pour les entreprises en difficulté pour que celles-ci puissent continuer leurs activités permettant le règlement des salaires. Et de l’autre côté, assurant pour une grande majorité de la population surtout dans un pays où l’économie informelle est la plus dense, d’assurer de manière directe aux chefs de ménages de possibilités d’avoir de denrées de première nécessité pour faire face à des périodes de pénurie et de cherté de vie dans un contexte où on craint que dans les semaines et mois à venir qu’il y ait de pénurie de denrées de première nécessité et l’accès à ses denrées pour des familles très nombreuses qui dans le contexte actuel se retrouve sans activité.

Pour beaucoup d’observateurs, le gouvernement aurait dû diminuer le prix du carburant à 5000 francs pour que même le citoyen se trouvant dans le dernier village du pays puisse en bénéficier. Qu’en dites-vous?

C’est bien d’évoquer cette question parce que c’est le nœud du problème d’autant plus que depuis plusieurs décennies la Guinée ne vit que  sur les rentes tirées des taxes des produits pétroliers et sur les rentes minières à travers les taxes. Hors, l’activité sur les mines connait un certain ralenti du fait de la baisse des activités dans le monde. Certe, la baisse du prix du baril au niveau international est très significative mais la seule chose qui permet à l’État d’avoir actuellement de revenus. Donc, le Coronavirus est en train de mettre en exergue les faiblesses notoires de la gouvernance de l’économie guinéenne depuis très longtemps. Il y a l’absence des réformes structurelles majeures, diversifier les sources de revenus pour les finances publiques, incapacité des autorités depuis très longtemps et un manque de volonté d’assurer une meilleure organisation de la collecte des ressources intérieures pour que nos finances publiques puissent permettre à l’État d’avoir de manière substantielle les moyens de son action. Les autorités guinéennes ne cherchent que les ressources tirées sur ces taxes qu’elles collectent et maintiennent leur train de vie depuis très longtemps et tendent la main à la communauté internationale pour survivre et pour ne pas utiliser efficacement cette aide internationale. Les autorités encouragent un train de vie et une dilapidation des ressources. C’est ce qui fait que l’État guinéen n’a pas développé des capacités de résilience pour permettre de faire face à des situations tel que le COVID-19. Je souhaite qu’avec l’aide de Dieu que cette crise ne perdure pas parce que sinon parce que ça risque de se révéler un hécatombe pour beaucoup de pays comme la Guinée parce que les élites politiques au pouvoir depuis longtemps n’ont pas fait le travail qui est le sien depuis belle lurette. 

Des noirs africains sont en train d’être victimes de racismes en Chine. Quel appel avez-vous à lancer?

En ce qui concerne les manifestations de racismes vis à vis des populations étrangères d’origines africaines, la Chine devait faire plus de responsabilités en assurant leur sécurité. La peur due à la maladie dans le monde a montré des faiblesses extrêmement importantes que même les personnes d’origine chinoise à travers le monde ont été victimes de racismes parce que la maladie a pris son origine en Chine. Donc ça serait vraiment injuste que des africains qui n’ont rien à voir avec l’origine de la maladie puissent être pris à partie des ressortissants Chinois qui devaient faire preuve d’empathie parce que leur pays à travers cette pandémie de Coronavirus a eu le soutien et l’attention du monde entier. 

Malgré votre opposition farouche avec vos pairs opposants regroupés au sein du front national pour la défense de la constitution (FNDC) et les mises en garde de la communauté africaine et internationale, le président Alpha Condé a promulgué sa nouvelle constitution. Quel va être la suite de votre combat ?

Le combat continue. Le régime a perdu puisqu’il risque de perdre sa crédibilité nationale et internationale. Ça risque d’être amère. Isolé politiquement sur la scène internationale, perte de légitimité à l’intérieur du pays, recul dans tous les domaines, abandon de toutes les dynamiques qui auraient pu conduire à une dynamique de réconciliation nationale. Le régime a perdu tout crédit et la confiance de la population guinéenne. Qu’ils imposent cette constitution, ça ne sera que pour un temps. Ils ne pourront pas à la longue l’indispensable nécessité du changement qui ne fera que grossir et la réalité actuelle montre une fois encore les faiblesses du régime sur beaucoup de plans tant sur le plan institutionnel qu’économique et social. Le régime guinéen a accepté de se suicider. Tant pis pour lui. Malheureusement, il engage la Guinée et il va faire souffrir le pays mais ils ne pourront pas résister longtemps dans le contexte de la Guinée tel est aujourd’hui, le changement est inscrit dans l’ère du temps. La société guinéenne est mure pour un réel changement et veut aller de l’avant. Le pouvoir qui veut fixer le pays dans l’imobilisme ne pourra pas résister pendant longtemps.

Qu’est-ce que vous avez à ajouter pour clôturer notre entretien ?

C’est dire que la situation est très difficile pour nos compatriotes, pour la Guinée. C’est de faire en sorte en ce qui concerne la pandémie de COVID-19, c’est quelque chose d’une extrême gravité. Donc, les guinéens doivent prendre des mesures d’auto-disciplines pour essayer de se protéger et protéger les leurs. De l’autre côté, la faiblesse de l’État et son incapacité de subvenir aux besoins des populations en cette période de crise aiguë, c’est de développer la solidarité entre les filles et les fils de ce pays. On ne peut pas être heureux lorsqu’à côté de nous, il y a un océan de misère. La seule manière d’atténuer cela, de continuer à résoudre le problème, c’est de développer la solidarité nationale. C’est quelque chose qui vaut son pesant d’or dans le contexte actuel mais, c’est la seule manière de sécourir les plus démunis. Donc, développons la solidarité. En dehors de cela, sur les aspects politiques, ne rien perdre la dynamique qui consiste à dire la Guinée va changer et la Guinée est en train de changer malgré le refus d’un pouvoir de le brimer et de l’attacher aux archaïsmes du passé. La Guinée est en train de bouger et personne ne pourra résister à cette volonté Collective et majoritaire du peuple guinéen.

Interview réalisée par Aliou Barry pour guineepremiere.com

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